Liste de Demandes


Le mouvement Justice pour les Femmes Autochtones Disparues et Assassinées (Justice en Attente) met en avant la liste suivante de demandes, et ce afin de supporter les demandes déjà exprimées par le rapport de 2004 « Stolen Sisters » d’Amnistie Internationale, par le comité pour l’Elimination des discriminations contre les femmes de l’ONU, par la campagne « Sisters In Spirit » menée par l’Association des femmes autochtones canadiennes et par la publication du manifeste « Les femmes autochtones et la violence au Canada » par l’organisation des femmes autochtones du Québec. En tant que mouvement collectif, Justice en Attente reconnaît les mauvais traitements historiques et continus subis par les femmes autochtones aux mains de l’état canadien, et les relations difficiles entre plusieurs communautés autochtones et le gouvernement canadien. De plus, Justice en Attente soutient le droit à l’autodétermination des communautés autochtones. Bien que la liste ci-dessous fasse des demandes auprès de l’état et de la société canadienne, ceci est fait dans l’optique d’appréhender pleinement les menaces pesant sur les vies des femmes autochtones, et d’aider à neutraliser les causes profondes de ces violences.

Financer la recherche et les campagnes de sensibilisation dont l’objectif est de combattre les nombreux et nuisibles stéréotypes sur les femmes et jeunes filles autochtones; stéréotypes qui ont de tout temps, et encore de nos jours contribuent à leur vulnérabilité à la violence.

Les gouvernements fédéraux, provinciaux et municipaux doivent accorder une grande importance et fournir des financements aux individus, communautés, et organismes qui cherchent à tirer la sonnette d’alarme au sujet des conditions de vie des femmes autochtones. Les origines de certaines idées préconçues associées aux femmes autochtones cibles de violence, doivent être entièrement comprises et exposées. La police et les médias véhiculent souvent des stéréotypes comme la promiscuité, la paresse, la dépendance aux drogues et la tendance aux fugues afin d’expliquer la victimisation ou la disparition de ces femmes. Les vraies causes de la violence faite aux femmes autochtones, telle la colonisation, le racisme et le sexisme existant au sein de l’état canadien, aussi bien que le déni par le Canada du droit à l’autodétermination, doivent être dévoilées et exposées grâce à des efforts d’éducation de la population, de partage d’information, etc.

Faire de la couverture médiatique des cas de femmes indigènes disparues ou assassinées une priorité, puisque ces femmes sont plus susceptibles d’être victimes de violence que n’importe quel autre groupe de population au Canada.

Les médias, qu’ils soient traditionnels ou plus confidentiels, privés ou indépendants, se doivent d’enquêter afin de saisir l’importance des menaces sur la vie des femmes indigènes, et de les comprendre comme étant systématiques. Ces mêmes médias doivent également mettre l’accent sur les problèmes particuliers aux femmes autochtones. Selon les statistiques du gouvernement canadien, les femmes autochtones sont 5 fois plus à risque de mourir de mort violente que les autres canadiennes. En conséquence, lors d’un cas de personne disparue ayant trait aux populations autochtones, une aussi prompte réaction que possible en vue de faire partager des informations vitales au plus grand nombre doit être entreprise. De même, la couverture médiatique des cas de femmes autochtones mortes de mort violente devrait également être une priorité, et ce afin d’attirer l’attention du public sur la fréquence et la gravité de ces violences. Les médias ne doivent pas s’arrêter aux stéréotypes véhiculés jusqu’à présent sur les femmes indigènes, et devraient mettre l’emphase sur des reportages de profondeur et du vrai journalisme d’investigation.

Fournir un entraînement non-oppressif et culturellement sensible à toutes les forces de police, afin que les officiers soient équipés de manière à réagir promptement quand une femme ou une jeune fille autochtone disparaît ou est assassinée, et à enquêter de façon exhaustive et assidue.

Les gouvernements fédéraux et provinciaux doivent fournir aux policiers un entraînement non-oppressif et culturellement spécifique afin de les préparer à protéger les communautés indigènes. La police ne doit pas hésiter à agir quand une femme ou une jeune fille autochtone est déclarée disparue. On compte 520 cas de femmes autochtones disparues ou assassinées depuis 1980 et de nombreux activistes estiment que ce nombre est actuellement 3000. Ceci devrait être suffisant pour pousser la police à regarder les violences faites aux femmes autochtones comme une crise d’ampleur nationale, et chaque nouveau cas comme une escalade dans cette crise. Plus de 300 cas de meurtres et de disparitions de femmes indigènes restent non résolus. La police devrait prendre conseil auprès de et remettre un rapport aux familles et aux communautés des victimes. Les policiers qui négligent d’entreprendre les actions appropriées, ou qui sont eux-mêmes complices d’actes de violences doivent être soumis à la loi et punis en conséquence.

Reconnaître le Loi sur les indiens comme cause de violence systématique envers les femmes autochtones, et créer un cadre légal non discriminant.

Le gouvernement canadien doit développer, de concert avec les communautés et les individus indigènes, une nouvelle législation concernant les Premières Nations en accord avec la Charte des Droits de l’Organisation des Nations Unies et la Déclaration des Droits des Peuples Indigènes. De plus, l’état doit prendre en compte les recommandations du « 2009 Universal Periodic Review ». La Loi sur les indiens, datant de 1867, est un ensemble de lois sexistes et racistes. Cet acte a légalisé le système des écoles résidentielles, et a crée le concept de « statut Indien » qui existe encore de nos jours. Du fait de la Loi sur les indiens, les femmes autochtones ont perdu beaucoup de leur pouvoir au sein de leurs communautés. En effet, le passage forcé d’une culture matriarcale à une culture patriarcale a vu les femmes autochtones perdre leur indépendance au profit des hommes et de l’état canadien. Avant les amendements de 1985, les femmes autochtones ayant perdu leur statut et ayant été déplacées de force se sont souvent tournées vers la prostitution simplement pour survivre. Elles se sont également trouvées aux prises à des relations abusives ou à la dépendance aux drogues, sans que l’appareil étatique ne semble se sentir concerné par leur sécurité. Ces femmes et leurs enfants, de même que les enfants des survivants des écoles résidentielles, sont à haut risque d’être victimes de violence, du fait des séquelles dues à la brutalité subie dans ces établissements.

Se soumettre aux lois canadiennes et internationales lors des procédures pénales concernant les cas de femmes indigènes disparues ou assassinées.

Les officiers de justice doivent discerner et éliminer la discrimination raciale dans le système judiciaire canadien. C’est le devoir fondamental de ce système tel qu’indiqué dans la section 11 de la Constitution de fournir les ressources nécessaires à un procès équitable, comprenant le transport jusqu’au lieu du procès et le droit de s’exprimer dans sa langue maternelle. Le mode de vie de la victime, la prostitution par exemple, ne doit en aucun cas influencer les jugements de justice ou diminuer la sévérité des accusations. Le fait qu’une femme travaille dans l’industrie du sexe ne doit et ne peut justifier un viol ou autres violences faites à son encontre. De plus, les individus dépositaires de l’autorité, tels que les juges ou les officiers de police, doivent être punis de façon impartiale pour les crimes qu’ils commettent à l’endroit des femmes autochtones.

Fournir suffisamment de moyens financiers aux centres d’aide et d’abri aux femmes, en particulier ceux qui sont gérés par la population autochtone et qui portent assistance aux travailleuses du sexe.

Les gouvernements fédéraux et provinciaux doivent augmenter les ressources financières des abris et centres d’aide aux femmes indigènes situés à proximité des réserves, et ce afin de fournir un asile à ces femmes et à leurs enfants (ceux-ci ayant souvent à quitter leur communauté pour atteindre des abris hors-réserve). Augmenter les moyens financiers des centres d’aide, d’abri et de transition pour les travailleuses du sexe est de même nécessaire, et permettrait d’améliorer les conditions de vie des femmes autochtones. Les changements effectuées par le parti conservateur au mandat de Condition féminine Canada (CFC) avec le coupe budgétaire par les libéraux affectant les abris pour femmes ont gravement limités les options disponibles aux victimes de violence et aux travailleurs sociaux qui consacrent leur vie aux femmes indigènes.

Mener une enquête publique en accord avec les nombreuses demandes déjà exprimées par les activistes et communautés autochtones, Amnesty International, et l’ONU.

Le gouvernement fédéral du Canada se doit d’arrêter d’ignorer les multiples appels en faveur d’une enquête publique sur les 520 cas de femme indigènes disparues ou assassinées, parmi lesquels plus de 300 sont toujours non résolus. L’action gouvernementale ne peut pas se limiter au financement des recherches. Du fait de la gravité de la menace encourue par les femmes indigènes, une enquête exhaustive et transparente doit être entreprise afin de prendre la pleine mesure de la nature et de la portée de ces violences, et d’examiner des pistes que la plupart des groupes d’aide n’ont pas les moyens d’explorer. Les éventuels résultats d’une enquête publique doivent être immédiatement suivis de l’adoption de mesures correctrices qui permettraient de créer un environnement plus sûr pour les femmes autochtones du Canada.

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